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"Danse royale, objet colonial. Points de vue et influences des sources coloniales sur une production esthétique incorporée : la danse de cour du Cambodge"

Jeudi 21 novembre 2019, 10h-12h - Salle A737, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris

Lucie Labbé (CASE)

Pour sa troisième séance, le séminaire "Dialogues entre recherches classiques et actuelles sur l'Asie du Sud-Est" accueille 


Lucie Labbé 
(CASE) qui présentera une intervention intitulée "Danse royale, objet colonial. Points de vue et influences des sources coloniales sur une production esthétique incorporée : la danse de cour du Cambodge"


Date : jeudi 21 novembre 2019
Heure : de 10 - 12h 
Lieu : Salle A737, 54 boulevard Raspail, 75006, Paris.

Résumé: 

La présentation sera centrée sur des travaux postdoctoraux en cours autour de l’histoire de la danse royale cambodgienne à l’époque du Protectorat et de ses sources. En tant qu’anthropologue, ma démarche ne se veut pas fondamentalement historique, même si elle a d’abord été motivée par la rareté des écrits sur le sujet. Le but, à terme, est de mettre en perspective les enjeux qui sous-tendent l’existence et la transmission de la danse de cour dans le temps, ce afin d’éclairer la situation actuelle.

Mon objet d’étude étant avant tout la danse et ses interprètes, j’ai choisi une perspective croisant anthropologie visuelle et anthropologie de la danse. En effet, la question de la « fixation » dans le temps d’une production corporelle par définition mouvante et éphémère est au centre de mes interrogations : Comment et dans quels buts des « traces » de la danse sont-elles créées, diffusées et perçues au fil du temps ? C’est donc principalement à travers le prisme de l’iconographie produite sur la danse royale khmère au début de la toute fin du XIXe à la première moitié du XXe siècle que je cherche à préciser ce qu’a pu être son rôle au sein de la société cambodgienne, notamment au regard des institutions détenant une autorité politique.

J’inviterai ainsi à une réflexion sur le statut des sources historiques dans le cadre d’une étude d’abord anthropologique, qu’il s’agisse de sources iconographiques ou — comme y invite le séminaire — de sources écrites, ce en prenant en compte les aspects à la fois littéraires et scientifiques de ces derniers, également teintés d’une idéologie colonialiste caractéristique de l’époque. Pour ce faire, je présenterai en particulier le projet de « sauvegarde » du ballet royal cambodgien mis en place par George Groslier, alors directeur des Arts cambodgiens, en mettant en regard la production photographique réalisée dans le cadre de ce projet et l’article « Avec les danseuses royales du Cambodge » qui relate ce même projet. Dans cet article, G. Groslier explicite son plan de sauvegarde sous la forme d’un « journal » présenté comme une production quasi-ethnographique et où percent — parfois clairement, parfois de manière plus insidieuse dans une manipulation du récit — les visées d’appropriation du ballet royal comme objet de légitimation de l’entreprise coloniale et de l’autorité de l’administration française vis-à-vis de la royauté khmère.

 Enfin, je montrerai comment les documents iconographiques sur la danse royale produits durant l’époque coloniale font aujourd’hui l’objet d’une « redécouverte » par des Cambodgiens, et notamment par des danseurs et chorégraphes. Les récentes mises en scène de la danse de « l’époque du roi Sisowath » par la troupe de Ballet Royal, tout comme la diffusion sur les réseaux sociaux de photographies anciennes de danseuses royales qui s’en est suivie, contribuent à une certaine réappropriation de l’historiographie de la danse et des danseuses par les artistes d’aujourd’hui, ce bien que les discours de l’époque restent vivaces. En effet, je montrerai comment le regard et les actions menés par les colons français tels G. Groslier sur la danse royale cambodgienne ont finalement contribué à sa (re)définition sur le long terme.

Texte de référence :

GROSLIER George, « Avec les danseuses royales du Cambodge ». Mercure de France, 1(5) : 536-565, 1928.

Textes complémentaires :

 ABBE Gabrielle, Le service des arts cambodgiens mis en place par George Groslier : genèse, histoire et postérité (1917-1945). Thèse de doctorat en histoire, Paris I-Sorbonne, 678 p., 2018.

BARTHES Roland, « Rhétorique des images ». Communications 4 : 40-51, 1964.

COLLEYN Jean-Paul, « Champ et hors champ de l’anthropologie visuelle ». L’Homme 203 :457-480, 2012.

GROSLIER George, Danseuses cambodgiennes anciennes et modernes. Paris, A. Challamel, 180 p., 1913.

JEHEL Pierre-Jérôme, « Une illusion photographique. Esquisse des relations entre la photographie et l’anthropologie en France au XIXe siècle ». Journal des anthropologues, 80-81 [en ligne], 2000.

LABBE Lucie, PORTE Bertrand, « ‘Avec les danseuses royales du Cambodge’. Photographier les postures de la danse », Arts Asiatiques 73 : 155-170, 2018.

STOLER Ann Laura, La chair de l’empire : savoirs intimes et pouvoirs raciaux en régime colonial. Paris, La Découverte, 299 p., 2013.

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