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Une chronique du Sud-Laos : le Tamnan Muang Khamthong Luang

Une chronique du Sud-Laos : le Tamnan Muang Khamthong Luang

Michel Lorillard, 2012, Vientian, EFEO
, 480 p.

Dans le cadre du programme de recherche de sources historiques (manuscrits, inscriptions, vestiges archéologiques) qu'il a mené entre 2000 et 2009 dans l'ensemble des districts du Laos habité par des populations tai-lao, le centre de Vientiane de l'École française d'Extrême-Orient a découvert chez un particulier de la province méridionale de Saravane un manuscrit exceptionnel intitulé Tamnan Muang Khamthong Luang. Sa valeur pour l'étude historique du début de la période coloniale a conduit l'EFEO à en proposer en 2012 une première édition à un très petit nombre d'exemplaires, destinée aux autorités culturelles du pays et aux chercheurs. Ce qui suit est une présentation succincte de cette oeuvre, dont une traduction en langue anglaise est en cours. L e Tamnan Muang Khamthong Luang est une longue chronique (tamnan) composée entre les années 1880 et 1920 par l'Upahat Ba Phoy, lettré et fonctionnaire lao de la région de Saravane, plus précisément de l'importante localité ou « district » (muang) qu'était autrefois Khamthong. Le texte nous est parvenu sous la forme d'un manuscrit sur feuilles de latanier de 1571 pages qui est probable-ment la version originale, puisqu'il n'en existe qu'une seule copie et qu'elle est rédigée dans l'écriture en usage au Laos au début du xx e siècle. Le récit se pré-sente aussi comme une autobiographie. L'auteur parle souvent de lui, et c'est d'ailleurs chez l'un de ses descendants que le tamnan a été retrouvé. Ce document est tout à fait unique parmi les archives historiques du bassin inférieur du Mékong, car il s'agit d'un témoignage vernaculaire, direct et personnel d'événe-ments qui ont modifié d'une façon très importante la destinée du peuple lao. Le Tamnan Muang Khamthong Luang mérite d'être, comme son auteur le souhaitait explicitement, un objet de réflexion et d'étude pour les générations à venir. L'Upahat Ba Phoy est né à Muang Khamthong Luang (actuel Ban Khamthong Gnai, dans le district de Khong Xedon) en 1863. Il est le fils de Thao Upala et de Nang Kho et il porte d'abord le nom de Thao Kham Bao. Orphelin dès son plus jeune âge, il entre au monastère à l'âge de treize ans en qualité de novice pour une période de sept années. Étant doué de qualités exceptionnelles, il quitte un temps le Muang Khamthong Luang pour parfaire son éducation reli-gieuse dans le Muang Amnat (rive droite du Mékong, actuellement en Thaïlande), au Vat Thong. Durant cette expérience monastique, il acquiert une vaste connaissance de la culture et de la littérature bouddhique qui vont marquer sa pensée et dicter ses actes durant toute sa vie. À l'âge de vingt ans, il décide de défroquer pour retourner à la vie laïque dans sa ville natale. Il se marie en 1884 avec Nang Mè, fille de Thao Khunlabut, issue comme lui de la lignée des premiers gouverneurs (chao muang) de la région. Il commence alors à travailler comme secrétaire pour le compte de l'administration siamoise – qui exerce depuis la défaite de Chao Anou, en 1828, une domination complète sur les territoires lao. En 1893, le Laos devient un protectorat français et Thao Kham Bao, qui a pris le nom de Ba Phoy à la suite de son éducation religieuse, devient un fonctionnaire de l'administration coloniale. Il conserve d'abord son grade de secrétaire, mais la qualité de son travail et la reconnaissance de ses mérites lui permettent d'obtenir en 1904 le titre d'Upahat (vice-gouverneur, sémantiquement et étymologiquement lié à l'uparaja, le vice-roi) du Muang Khamthong Luang. En 1918, à l'âge de cinquante-cinq ans, il décide de démissionner et de prendre une nouvelle fois le froc, qu'il garde du-rant un an. Sa chronique s'interrompt avec l'année 1920 – et l'on peut présumer qu'il est décédé à cette époque ou peu après. L'Upahat Ba Phoy commence à consigner par écrit les faits marquants de sa vie à partir des années 1880, sans doute d'abord dans le cadre de ses fonctions administratives. Il est parfaitement qualifié pour ce travail d'écriture, car il a reçu une éducation littéraire et il se plait à composer dans une langue riche et imagée. Son travail de secrétaire lui permet d'enregistrer tous les événements qui se produisent autour de lui, notamment la mise en oeuvre des ordres qui sont donnés par les autorités pour l'administration du Sud-Laos et la région de Saravane en particulier. Le Tamnan Muang Khamthong Luang est toutefois un texte qui reflète un profond pessimisme. Il traite d'une époque difficile, vécue avec fatalisme par l'auteur. L'Upahat Ba Phoy est en effet marqué par les textes de la littérature religieuse qui décrivent dans ses diffé-rentes phases le déclin du bouddhisme et l'apparition sur terre de multiples épreuves, conséquences d'actes déméritoires qu'il est nécessaire d'expier. La domination siamoise et, plus encore, le début de la colonisation française, entraînent pour la population lao des bouleversements dans le mode de vie ancestral qui correspondent parfaitement pour l'auteur aux prédictions alarmistes de la tradition, événements préalables à l'apparition d'un nouveau Buddha et à la naissance d'un nouveau cycle régi par le Dharma.
 


ISBN : 978 2 85 539 117 5
Fiche éditeur : http://www.efeo.fr/blogs_post.php?bid=21&nid=265&l=FR

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